Création mondiale hier soir, lundi 20 avril 2009 à l’OSR, qui passa commande de cette œuvre au titre évocateur « …Le ciel, tout à l’heure si limpide, soudain se trouble horriblement.. » au compositeur Michael JARREL, à qui l’on devait déjà une précédente création au Grand Théâtre de Genève autour de la vie de Gallilée. Ce compositeur quincagénaire est en vue et cultive un style qui lui est propre. Ce titre, tiré du De natura de Lucrèce, n’a pas de signification structurelle immédiate, mais cherche à exprimer en quelques mots l’idée qui avait présidé à la composition de cette pièce. Le programme du concert nous expose que le trouble s’apparente ici à une forme d’étrangeté, à quelque chose d’inquiétant qui n’apparaît pas de façon narrative, tel un vent d’orage dans un ciel serein, mais comme l’essence même de l’articulation formelle entre deux types d’écriture, deux types d’expression qui exigent des temporalités opposées l’une à l’autre. La soudaineté serait ainsi le renversement entre les deux.

L’œuvre est d’un seul tenant d’une vingtaine de minutes, et se divise en quatre parties principales d’inégales longueurs, les deux premières étant plus importantes. La première est constituée d’un continuum de notes rapides réparties entre les cordes et les bois sous les appels incisifs des trompettes. La deuxième partie commence par des quintes graves par les percussions et les contrebasses et le passage central s’organise autour de guirlandes sonores suaves. La quatrième partie tient lieu de coda qui descend jusqu’à l’immobilité finale.

Il faut relever l’importance de la création dans une saison comme celle de l’OSR et il faut saluer la politique qui consiste à en prévoir une par saison. La création n’est sans doute pas tout et il faut que ces œuvres, pour rentrer au répertoire, puissent être reprogrammées. Le succès d’estime remporté hier soir par Michael JARREL et les disques existants de ses œuvres devraient ouvrir la voie. Il est en effet toujours délicat d’apprécier une œuvre à sa création, sans avoir la possibilité, lorsque l’intérêt se manifeste, de la réécouter pour la mieux comprendre.

La suite du concert était consacrée à un compositeur phare de l’OSR, de ceux sur lesquels son fondateur Ernest ANSERMET a construit le répertoire de l’orchestre, Maurice RAVEL, à l’affiche dans pas moins de trois œuvres.

La première est le célèbre Concerto pour la main gauche en ré majeur, composé à l’invitation du pianiste Paul WITTGENSTEIN, frère du philosophe, qui avait été amputé du bras droit pendant la première guerre mondiale et qui suscita du fait de ce handicap la naissance d’un répertoire insolite. Ce Concerto pour la main gauche passe pour l’œuvre du genre la mieux réussie. Le pianiste voulait faire sa mauvaise tête et trouvait que la longue cadence qui ouvre la partition n’était pas à son goût : « Si j’avais voulu jouer sans l’orchestre, je n’aurai pas commandé un concerto ! ». Il la joua donc modifiée par ses soins, ce qui fit enrager RAVEL qui lui avait consenti l’exclusivité pendant quelques années. Bref, ce soir c’est Jean-Yves THIBAUDET que nous entendions dans cette œuvre. Il nous en donna une interprétation empreinte de maniérismes et d’une certaine affectation que nous lui avions connus ailleurs et qui agace quelque peu. Le pianiste est néanmoins très à l’écoute de l’orchestre, ce qui lui permet de parfaitement dialoguer avec lui. L’inverse est moins vrai, Marek JANOWSKI semblant parfois fort peu se préoccuper de son soliste, qu’il avait tendance à couvrir sous un volume sonore trop important.

C’est d’ailleurs là le lien entre les interprétations de ce concerto et des deux autres œuvres de RAVEL au programme ce soir : Les Valses nobles et sentimentales et le poème chorégraphique La Valse. Marek JANOWSKI nous montre sa maîtrise de l’orchestre. Les pupitres sont en place, les rythmes précis, qui rendent hommage à ses qualités reconnues de « faiseur d’orchestre ». Le discours est néanmoins un peu court et toutes les finesses de l’orchestration fabuleuse de RAVEL ne s’entendent plus, noyées sous un volume sonore qui devient une fin en soi et qui ne sert malheureusement qu’à masquer des lacunes d’interprétation. Nous avions toujours pensé la valse viénoise, la voici prussienne, de celle qui ne se danse pas en robe de bal mais en bottes et uniformes. Nous avions évoqué dans un précédent billet consacré à la dernière interprétation de BRUCKNER par JANOWSKI à l’OSR, l’image d’une Panzerdivision. Hier soir, l’arrière-garde passait… Que tout ceci manque de finesse, d’inventivité et, pour tout dire de musicalité. C’est assomant cette manière de jouer au point qu’une grande partie du public n’a pas même fait la distinction entre les deux œuvres symphoniques entendues ! …Le ciel, tout à l’heure si limpide se trouble horriblement…

http://www.osr.ch/concerts 20/4/2009

http://www.musicologie.org/Biographies/ravel_maurice.html