Slatkin dirige l'OSR
Par Philippe Currat le 14.11.2008, 17:31 - Musique - Lien permanent
Hier soir, jeudi 13 novembre 2008, Léonard Slatkin, célèbre chef d'orchestre américain, était à la tête de l'Orchestre de la Suisse romande (OSR) pour le deuxième concert d'abonnement de la saison dans la série "Répertoire". Le programme comptait deux oeuvres rares, la Rhapsodie pour orchestre et clarinette principale en si bémol majeur de Claude Debussy (1862-1918) et Appalachian Spring, suite d'orchestre de Aaron Copland (1900-1990). Comme on ne remplit pas une salle de concert avec deux oeuvres rares, il convenait de les entourer de pièces plus largement connues et c'est sans doute pourquoi il nous a été proposé d'entendre tout d'abord la célèbre Ouverture de Guillaume Tell de Gioacchino Rossini (1792-1868) et, en deuxième partie, la Quatrième symphonie en fa mineur, op. 36 de Piotr Ilyitch Tchaïkovski (1840-1893).
L'Ouverture de Guillaume Tell est typiquement le genre de pièce qui permet d'ouvrir sans risque un concert sous les meilleurs auspices et l'on doit souligner que les premières mesures offrirent aux violoncelles de l'OSR et en particulier au premier soliste François Guye l'opportunité de fort belles sonorités et d'une grande poésie, que la direction allante de Slatkin a permis de développer au cours de cette ouverture que tout le monde connaît sans savoir ce qu'elle est.
La Rhapsodie pour orchestre et clarinette était ensuite confiée au premier soliste de l'Orchestre Michel Westphal - poste qu'il occupe depuis vingt-trois ans - et dans laquelle il s'illustra de manière virtuose en dialoguant avec les autres pupitres de l'orchestre, notamment les bois, comme seul sans doute peut le faire l'un des leurs. L'interprétation était belle et se terminait avec brio, nous rappelant que cette oeuvre correspond au répertoire fondamental de l'orchestre (première audition le 9 novembre 1929, sous la direction d'Ernest Ansermet). .
Dans la suite pour orchestre de Copland ensuite, le chef montrait toute sa proximité avec cette musique américaine si souvent jouée outre atlantique mais si rare chez nous. Peut-être nous manque-t-il la vision des Appalaches et du grand ouest pour pleinement apprécier une oeuvre si typique, dont les sources sont celles du folklore des pionniers américains dans les premières décennies des Etats-Unis.
Le concert se terminait enfin par une fort belle interprétation de la Quatrième symphonie de Tchaïkovski, oeuvre également proche du chef depuis longtemps, dans laquelle toutefois, je le confesse bien volontiers, j'ai toujours l'impression de tourner en rond. L'Andante sostenuto commençait effectivement comme le fatum voulu par le compositeur, avec toutefois des cuivres que l'on a trouvé, comme souvent avec l'OSR, trop forts, défaut qu'ils présenteront également dans le finale Allegro con fuoco. Il est vrai cependant qu'il n'est pas possible d'interpréter cette oeuvre - comme les autres symphonies de ce compositeur - avec des cuivres de jeune fille! Il y faut de l'éclat... mais à trop vouloir en mettre, ces passages de l'oeuvre deviennent simplement bruyants, perdant ainsi fort mal à propos leur caractère. L'Andantino in moda di canzona était fort bien rendu par un orchestre qui, une fois ses cuivres laissés au repos, a pu faire montre de grande sensibilité et de beaucoup de poésie sous la baguette d'un chef inspiré. L'on doit aux différents pupitres des bois, parfaitement réglés, d'en avoir fait une grande réussite. Il en était de même dans le Scherzo, joué par des cordes (violons, altos, violoncelles et contrebasses à l'unisson) uniquement pizzicato, que la partition qualifie, on ne saurait mieux dire, d'ostinato. Ici encore, les pupitres des violoncelles se taillèrent la part du lion et le dialogue avec les bois fut onirique, reflétant ce que le compositeur appelait une succession d'arabesques capricieuses (dans une lettre du 1er mars 1878 à sa célèbre mécène Mme von Meck, capricieuse également, qui le laissa tomber lorsqu'elle apprit horrifiée que le bougre l'était bel et bien...). Le dernier mouvement enfin Allegro con fuoco eût été parfait sans les excès des cuivres et des percussions, qui tuèrent tout éclat pour écraser nos tympans avec le reste de l'orchestre. L'effet est totalement contre-productif et il est dommage que le chef n'aie pas su, là comme en d'autre moments de ces pages, retenir davantage ses effectifs vers plus de poésie et dans toute la gamme des nuances qui ont tant enrichi tout le reste de l'oeuvre.