Ce dimanche, nous avons eu la chance d'entendre Monsieur Jean-Louis Debré, Président du Conseil constitutionnel français et ancien Ministre de l'Intérieur et Président de l'Assemblée nationale. Il venait à Genève notamment célébrer les cinquante ans de la Constitution de 1958, due à la plume de son père, Michel Debré. Il nous a expliqué tout le bien qu'il pensait des Constitutions rédigées par une petite commission, excipant du fait que les assemblées constituantes, en France pour le moins, s'étaient toujours révélées désastreuses. 

C'est exact mais c'est oublier une chose toute simple: toutes les constitutions françaises ont été rédigées à chaud, en temps de crise, de guerre ou de révolution. Ces temps troublés ne se prêtent guère, il est vrai, aux délibérations d'une Assemblée constituante. C'est d'ailleurs pour cette même raison que la Constitution genevoise actuelle, rédigée à la suite de la révolution de 1846 par James Fazy, n'est pas passée par le processus d'une telle assemblée.

A Genève aujourd'hui, nous avons la chance, comme d'ailleurs dans les autres cantons qui nous ont précédé sur ce chemin, de préparer une Constitution à froid. Il nous est dès lors loisible de prendre le temps d'en débattre au sein d'une Assemblée constituante dûment élue pour ce mandat. 

Nous aurions pu effectivement mettre en place une petite commission d'experts qui aurait été à même de rédiger un projet en quelques semaines, projet qui aurait pu être ensuite soumis au peuple; l'idée en a d'ailleurs été débattue. Nous avons fait le choix d'une assemblée constituante pour associer davantage la population au processus et au débat, dans une optique plus démocratique donc, qui correspond sans doute mieux à notre pratique de la démocratie directe. Il faut d'ailleurs saluer l'intérêt qu'ont porté toutes les associations non partisanes au débat, en présentant diverses listes - certaines sans aucune consistance il est vrai et moins encore de programme, que l'on pourrait situer, pour reprendre une formule célèbre de Jankélévitch, entre le je ne sais quoi et le presque rien - qui participent ainsi à un renouvellement de l'expression citoyenne qui, il faut l'espérer, permettra de renforcer notre démocratie.