Ce jeudi 9 octobre 2008, j'ai eu le privilège d'accueillir Pierre ROSANVALLON à Genève, qui a donné un cours interfacultaire devant les étudiants de SES, HEI et droit puis une conférence publique aux côtés de Michel HOTTELIER. 

Développant les analyses de ses deux derniers ouvrages, "La contre-démocratie, la démocratie à l'âge de la défiance" et "La légitimité démocratique, Impartialité, réflexivité, proximité", Pierre ROSANVALLON nous a rappelé la fin de la centralité de la sphère électorale représentative et le décentrement des démocraties dû à l'évolution des activités citoyennes d'une part et à l'émergence d'institutions inédites d'autre part. Les mouvements sociaux ont en effet changé de nature, de la représentation et de la négociation vers des mouvements de vigilance, d'évaluation et d'alerte. Pierre ROSANVALLON a surtout analysé ce qu'il appelle une démocratie d'empêchement: il est en effet plus facile et plus économique de mobiliser une capacité à s'opposer qu'à réformer; il y a toujours à la fois un avantage matériel et politique à privilégier l'opposition à la réforme. C'est l'expression citoyenne la plus efficace. 

La confiance est une hypothèse sur un comportement futur. Ce risque aujourd'hui est délaissé en faveur de stratégies négatives, de défiance. Faut-il le déplorer? Pierre ROSANVALLON ne le pense pa. 

En effet, si les taux de participation aux consultations démocratiques sont souvent bas, d'autres formes d'expression se développent. Il a rappelé que la campagne électorale permet l'identification du candidat avec la population, qui le voit comme un double valorisant de ses concitoyens. Une fois élu, le candidat est un gouvernant et l'identification se brise au profit d'une distance qui s'installe et qu'il s'agit de construire. Le but des démocraties est donc d'organiser paisiblement le moment de la distance, c'est-à-dire de la défiance comme qualité. 

Pierre ROSANVALLON a conclu en posant la démocratie comme forme de société inséparable de la constitution de larges espaces de redistribution. La démocratie est en effet l'organisation de la vie en commun de personnes dissemblables, formant une société hétérogène. La démocratie n'est en effet pas concevable dans une société homogène, composées de personnes semblables, qui devient alors simplement une sorte de syndicat de copropriétaires. Face à un rétrécissement de l'espace démocratique, c'est-à-dire de l'espace commun, l'on observe une tendance à la régression. Cependant, alors que la démocratie s'étiole, l'activité citoyenne apparaît comme plus démocratique que jamais. 

En somme, gouverner en démocratie, c'est descendre en particularités et non monter en généralités. 

Voir aussi: http://flambert.blog.tdg.ch/tag/pierre%20rosanvallon