Lorsque l'on s'apprête à rédiger une nouvelle Constitution, le plan de celle-ci vient assez facilement à l'esprit: un préambule qui détermine les objectifs poursuivis et qui est à rédiger totalement aujourd'hui car il n'existe pas dans le texte actuel, un ou deux articles généraux qui déterminent les buts de l'Etat, à l'exemple de la Constitution fédérale, dont on relira avec profit l'article 2, "But": "1. La Confédération suisse protège la liberté et les droits du peuple et elle assure l'indépendance et la sécurité du pays. 2. Elle favorise la prospérité commune, le développement durable, la cohésion interne et la diversité culturelle du pays. 3. Elle veille à garantir une égalité des chances aussi grande que possible. 4. Elle s'engage en faveur de la conservation durable des ressources naturelles et en faveur d'un ordre international juste et pacifique", puis divers chapitres portant sur les droits fondamentaux, la citoyenneté, l'organisation du canton et des communes, les droits politiques et les organes de l'Etat...

Seule une vision globale de l'Etat peut permettre de rédiger une Constitution, qui ne saurait être simplement la somme des propositions et des compromis de chacun. Ainsi, la question du droit de vote des étrangers n'apporte rien si elle ne trouve pas une réponse dans une refonte de la citoyenneté, qui permettra par là même de renouveler la participation démocratique et de renforcer l'exercice des droits politiques. De même se limiter à énoncer le développement durable comme un but de l'Etat ne sert à rien si ce but n'est pas globalement mis en oeuvre dans la détermination des missions de l'Etat, de son organisation et de ses moyens. Enfin la réforme des institutions (composition du Conseil d'Etat ou du Grand Conseil, mode d'élection) comme celle de la place et du rôle du canton et des communes ne peuvent se justifier que comme la mise en oeuvre d'un projet politique global de meilleure gouvernance. 

Une vision globale de l'Etat ne peut, par définition, que dépasser les clivages partisans. Les différents partis ne s'y sont pas trompés, qui ont ouvert leurs listes à des non membres, de même que la "société civile", présente sur des listes apolitiques. Attention toutefois à ne pas nous tromper de débat. En effet, l'on entend parfois exprimer le souhait que cette Constitution ne soit ni un exercice juridique ni un exercice politique. Or elle sera nécessairement et par définition l'un et l'autre. En effet, la Constitution est une loi, c'est même la loi fondamentale de l'Etat, celle dont toutes les autres lois tirent leur légitimité. C'est donc par essence un texte juridique et l'apport des juristes à sa rédaction sera incontournable. Je dis bien à sa rédaction, car le débat d'idées devra se faire sur des bases plus larges et plus ouvertes. Mais de la qualité de sa rédaction dépendra son succès. Par ailleurs, la Constitution organisant l'Etat, ses buts, ses organes, ses moyens, elle est par essence également politique. 

La participation de la société civile au débat constitutionnel n'est rien d'autre que celle du peuple, organe principal de l'Etat dans notre démocratie. Je salue donc cette participation comme étant un moyen de développer une vision globale et non partisane de l'Etat, comme une participation renouvelée au politique (ce masculin générique que l'on emploie de plus en plus) autour d'un projet commun de nouvelle Constitution. Si l'apport de chacun est nécessaire, seule la capacité des constitutants à en tirer une vision globale de l'Etat permettra à la Constitution d'être un tout et à ce tout d'être plus grand que la somme de ses parties.